« Poupée, anale nationale » d’après le roman d’Alina Reyes

Le roman est disponible aux éditions Zulma

Famille et fœtus
(Faut que ça saigne)

Dieudemerde, j’ai lanus qui me démange. Encore un coup du thermo. Faudra que je dise à Monmari mets de l’huile, au bout.

Tous les matins, et depuis des années que ça dure. Quand le réveil sonne, il est pressé, ou de mauvépoil, ya toujours quelque chose. Résultat, il melenfile à la vavite, et ça m’égratigne le nanus.

Ce soir c’est réunion. Quand Monmari fait sa réunion du Tronc à la maison, il met la télé dans la chambre, ézou !, au pieu, Poupée. Lapolitic, c’est pas ton truc. Au lit, les bonnefemmes.
A ma place, yen a qui diraient c’est pas juste. Moi non. Pas si bête. Passqu’un jour ça sera moitoutseule la Cheftaine. Personni le sait, mais un jour je serai Moiseul la Cheftaine de notre Chefferie. Et peutêtre mêm de notre Nation. Et peutêtre mêm du Monde. Faut pas le dire, secrédéfense. Je dis rien, je continue mes petites habitudes, ya pas de raison que ça change. Sauf qu’au bout d’un moment, quand on entend plus rien dans la maison, (je baisse un peu le son de la télé pour être bien sûre), alors là, je remets le son normal, et c’est parti ! A quatrepatte sur le carrelage du couloir, direction le salon !
Je m’approche tout doucement, en retenant mon souffle, j’ose même pas imaginer la colère de Monmari s’il savait que je me suis levée. Il me croit bien tranquillement couchée devant la télé, mais moi j’en perds pas une croûte ! Agenoux derrière la porte, par le trou de la serrure, je matetout.

Et je suis papeu fière d’avoir maté, pendant toutes ces années. Maintenant s’il arrivait quelque chose à Primus (Monmari), Poupée serait là, prête à larelève !

Tiens, j’ai envie de pleurer. Quand je pense que Monmari pourrait mourir.
Qu’est-ce que je deviendrais, moi, avec tous ces journalissdemerds qui marcèleraient ? Tous ces gauchissdemerds qui me farciraient lecu de procès ? Et comment je ferais, pour ces putains de réuniondemerds ? Je sais même pas leurs noms, à tous ces types. Je connais même pas leurs figures. A quoi qu’ils ressemblent ? Ils ont toujours leurcagoul, et ils s’appellent par leur nondcods. Comment je ferai pour trouver leur numéro de téléphone et leur téléphoner ? ça me fout le cafard rien que d’y penser. J’y arriverai jamais.
Et ce cuquimgrat.
Je ferai moins la fière quand il sera plus là pour me mettre le thermo tous les matins. J’ai l’air de me plaindre comça, ça me gratte et toulmerdier, mais c’est ce genre d’attention, de petit geste, qu’on regrette ensuite. J’en connais pas beaucoup, des hommes qui prendraient la peine de mettre le thermo à leur femme tous les matins, manière de ne la baiser qu’à bonescient. Je veux dire de pas rater quand c’est le bon moment, pour faire un gniardon.
Le seul problème que je lui dis pas, c’est que moi, j’en veux pas, de gniardon. Lui il en veut absolument, et moi j’en veux absolument pas.
Combien de fois je me suis féavorter, avant de le connaître ? Et même depuis qu’on est mariés.
Me laisser distendre le ventre par un fœutusdemerd, nonmerci. La place est prise. Par moi-même. Circulez, ya rien à voir. Et je parle même pas de l’accouchement. La chatte dilatée, le machin tougluant qui sort engueulant, dégoulinant de sang, et moi qui gueulerais aussi, de douleur, les tripalairs ! Non, nonmerci.
Je lui dis pas. Les hommes comprennent pas ça. Et politicment, j’avoue que c’est pas drôle pour lui. Toutes les pétoufiasses de ses copains arrêtent pas de pondre comme des merdfarcies d’œufdemouchamerds. Alors je le laisse menfiler le thermo, c’est bien le moins que je puisse faire. Il ne faut jamais enlever l’espoir aux gens.
L’ennui c’est que maintenant que je suis la femme du Chef, en tant que Madame la Cheftaine comondit, je peux plus aller à l’hôpital pour faire passer lachose si elle arrivait. Trorisqué. Si un de ces journalissdemerds apprend ça, je suis morte. Et même chez mon gynéco, n’importe quel gynéco de mes deuxovaires. On peut faire confiance à personne, de nos jours. Capables d’aller tout cafter à Primus pour obtenir quelque chose de la Chefferie. Faut voir dans quel monde on vit. Je vous jure que les chambragaz, çavait du bon. Primus dit que c’est un truc que les youplas ont inventé pour nous faire tous chanter. Quoi chanter ? Je ris de me voir sibel en ce miroir ? Ça prouve au moins une chose, c’est qu’ils sont conscients de ce qu’ils méritent : un grand nettoyage. Eux et toute cette merdpuantedimmigros. Ces pourries qui viennent chier leur marmailmerdeuse sur notre sol. Pas ces sacafœutus qui risquent d’avorter. À l’hôpital, au service des IVG, j’en sais quelque chose, on voit que des Blanches, des vraies National-salopes.
Quand le tronc sera au pouvoir, je vous le dis, il va y mettre bonordre. Les centres d’IVG seront pas fermés, au contraire. Mais yaura plus que les bronzaillées quauront le droit d’y aller. Le droit, et le devoir. C’est ce qu’on appelle l’élimination endouceur du problème. D’abord on fout tous les immigros dans des avions, et bonretour. Ensuite s’il en reste encore –parce qu’il faut pas rêver, on n’arrivera pas à nettoyer complètement le pays du jour au lendemain- ceux qui reste on leur interdit de se reproduire, c’est toujours ça de gagner sur les futurs charters.
Touça, personne le sait encore. Moi, je l’ai appris en matant les réunions du Tronc, mais pafolle Poupée. Elle ira rien répéter. Secrédéfense. Déjà qu’on vous fout des procès danslcu dès que vous dites troimots un peu sensés. Moi ça me révolte. Qu’on puisse même pas dire l’élémentaire vérité.  On est persécutés. On gagnera que par la ruse et la dissimulation. C’est pas dans mon caractère, moi je suis d’une nature franche et directe, mais faudra que je m’y fasse.
S’il savait que je sais tout ça, Monmari. Il serait fou de peur. Que j’aille répéter. T’inquiète pas mon petit Primus, je sais tenir ma langue.
Faut dire que Monmari il est sévère avec moi, mais pas assez. Au bout du compte, il me passe toutes méconneries. Des fois je le provoque amort et il finit par se fâcher et me fairmal, mais pas tant que ça. Au fond ya que sa politique qui l’intéresse. Ça, et me faire des  gniardons.

Dieudemerde quand je pense à ça j’ai envie de pleurer. Un jour il va bien finir par se rendre compte que je lui en ferai jamais de gniardon. Déjà qu’il m’a amenée cinquante fois chez cinquante gynécodemerds qui ont tous dit que j’étais normale, et lui aussi. Quand il va se décider à changer de femme, sûr que ça va être ma fête, et pour de bon.
Si seulement Monpapa était encore de ce monde. Il me protègerait, lui. Ya que Monpapa qua su me faire jouir, dans ma vie. Avec lui, peut-être que j’aurai accepté de faire un grognard. Il s’y prenait si délicatement, avec tout l’amour d’un père pour sa fifille. Quand on pense que dans ce pays la famille est même plus respectée. Avec les autres hommes, je suis jamais arrivée à rien. Qua me retrouver au bloc opératoire, avec un aspirateur dans la chatte. Pareil avec Monmari, et ya pas de raison que ça change.
Je m’en fous il me donne toulfric que je veux. Quand je vais à la Capital je claque tout chez les couturiers, dans les parfumeries, les institudbeautés...
Pour ça, pas une femme plus gâtée que moi. Les bijoux, je m’en fais donner par des joailliers, des amis du Tronc, ou qu’ont intérêt à se faire bien voir du Tronc, ou qui lui doivent quelque chose, j’en sais rien. Je veux bien m’intéresser à lapolitic, mais parmoment c’est trop compliqué, ou fastidieux. Un boulot ! Défois aussi, c’est comme le ménage, ça m’excite rien que d’en parler. Faire revenir l’ordre dans ce pays. Chacun à sa place. Léfamélésenfants au foyer. Les immigros, dans leur pays. Lésouvrillés, à l’usine. Exétéra. Toupropre, toubienrangé, ça serait pas beau ? Y manquerait plus que la télécommande pour faire l’arrêsurimage. Haltela, plus personne ne bouge ! Comme ça, on salirait plus.
Moi pour l’instant avec lapolitic j’ai que des problèmes, à commencer par : comment faire pour pas garder le polichineldanltiroir, si jamais il s’implante ? Dieudemerde, on est toujours envahie par quelque chose.

Ça me fait penser que j'ai envie d'aller aux chiottes, tiens.




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